Remontez aux origines du néon publicitaire, de sa création au XXe siècle à son influence sur la publicité, l’architecture et la culture populaire mondiale. Du cœur de Times Square à la façade d’un petit bar rétro, les néons publicitaires ont marqué l’imaginaire collectif. Ces tubes lumineux colorés, bien plus que de simples supports de communication, sont devenus des symboles d’époques, de styles et de cultures.
D’où vient le néon publicitaire ? Comment est-il devenu un pilier de la publicité moderne et un objet d’art populaire ? Voici un voyage lumineux dans l’histoire de cet outil emblématique.
Aux origines du néon : une invention scientifique
Avant d’éblouir les rues de Las Vegas ou les vitrines parisiennes, le néon est d’abord une découverte scientifique majeure. Ce gaz rare et incolore, présent en très faible quantité dans l’atmosphère, a ouvert la voie à une révolution lumineuse et esthétique au XXe siècle.
1898 : la découverte du néon
Les chimistes britanniques Sir William Ramsay (prix Nobel de chimie) et Morris Travers identifient le néon parmi d’autres gaz nobles (argon, krypton, xénon). En isolant ce gaz à partir de l’air liquéfié, ils révèlent une substance capable de produire une lueur rouge intense lorsqu’elle est traversée par un courant électrique.

1910 : la première lampe au néon
L’ingénieur français Georges Claude, souvent surnommé « l’Edison français », conçoit la première lampe au néon fonctionnelle. Il la présente lors de l’Exposition de Paris, stupéfiant le public par la clarté et la stabilité de la lumière rouge orangée. Une innovation alors révolutionnaire dans un monde dominé par l’éclairage au gaz ou à incandescence.
1912 : la première enseigne néon commerciale
Deux ans plus tard, Georges Claude installe la première enseigne néon publicitaire sur un salon de coiffure parisien, boulevard Montmartre. L’effet est immédiat : le néon devient symbole de modernité et d’attractivité commerciale. Il marquera profondément l’identité visuelle des grandes villes du XXe siècle.
L’essor du néon publicitaire aux États-Unis
- 1923 : Claude vend ses brevets aux États-Unis ; le néon est adopté massivement à Los Angeles et New York.
- Les années 1930–50 : âge d’or du néon publicitaire, avec des enseignes spectaculaires sur les façades de cinémas, hôtels, théâtres, diners, etc.
- Times Square devient le symbole mondial de la publicité au néon.

Néon et urbanisme : une esthétique lumineuse
Le néon n’est pas qu’un outil publicitaire : il a profondément modelé l’identité nocturne des villes. Dès les années 1930, il s’impose comme un marqueur visuel fort, capable de transformer l’espace urbain et de lui donner une âme dès la tombée du jour.
Quand la ville devient scène
Le néon sculpte la nuit. Il éclaire les façades, anime les rues, donne vie aux enseignes. À Las Vegas, Tokyo ou Shanghai, il devient un véritable langage graphique : les enseignes clignotent, se superposent, fusionnent avec l’architecture. Le résultat ? Une immersion totale dans un univers urbain où chaque lumière raconte une histoire.
Des quartiers aux identités lumineuses
Chaque métropole s’est appropriée le néon à sa manière. Fremont Street</strong à Las Vegas, Shinjuku</strong à Tokyo, ou encore Ocean Drive</strong à Miami Beach : tous ces lieux ont bâti leur notoriété sur des codes lumineux reconnaissables. Le néon y devient un signe d’appartenance, de culture et parfois même de résistance artistique ou sociale.
Un outil de modernité et de narration visuelle
Utilisé pour attirer l’œil ou marquer un lieu, le néon crée des ambiances distinctes : glamour, rétro, provocante ou poétique. Il agit comme une balise visuelle dans la ville, guidant les passants vers une boutique, un cinéma, un bar ou un lieu culturel. C’est cette capacité à signaler, séduire et scénographier qui fait du néon un outil d’urbanisme à part entière.
De la publicité à l’art : le néon devient pop
Initialement conçu pour capter les regards dans les rues commerçantes, le néon a fini par franchir les vitrines pour entrer dans les galeries. À partir des années 60, il s’émancipe de sa fonction publicitaire pour devenir un médium artistique à part entière.
Quand les artistes s’illuminent
Des figures majeures du pop art et de l’art contemporain comme Dan Flavin, Bruce Nauman, Keith Sonnier ou encore Jenny Holzer ont fait du néon leur langage. Leurs œuvres jouent avec les couleurs, les formes et les mots, détournant la fonction commerciale du néon pour explorer des thèmes politiques, existentiels ou émotionnels. Le néon devient message, matière et lumière à la fois.
Un médium influent au-delà des musées
Cette appropriation artistique du néon ne s’est pas arrêtée aux galeries. Le néon a peu à peu influencé tout un pan de la culture visuelle : mode (collections fluo, vitrines stylisées), design graphique (logos lumineux, typographies éclatantes), street art (installations urbaines ou fresques lumineuses). Il devient un code culturel transversal, évoquant la nuit, la ville, l’excès ou la modernité selon les contextes.
Pop, kitsch ou politique : le néon s’adapte
Des installations monumentales aux petites phrases lumineuses, le néon continue de fasciner pour sa force d’impact visuel et sa capacité à créer une atmosphère. Qu’il soit kitsch, poétique ou engagé, il reste un outil d’expression direct et vibrant, devenu culte autant chez les artistes que dans la culture populaire.
Déclin et renaissance du néon publicitaire
- Années 90 : le LED supplante le néon : plus économique, programmable, moins fragile.
- Les néons disparaissent progressivement des grandes artères.
- Mais retour en grâce depuis les années 2010 : vintage, esthétique rétro, revival dans la déco et la signalétique urbaine.
Patrimoine et conservation
- Des villes protègent désormais les anciennes enseignes au néon (ex : Neon Museum à Las Vegas).
- Des artisans perpétuent la fabrication de néons à la main.
- Le néon est désormais vu comme une mémoire visuelle du XXe siècle.
Conclusion
Le néon publicitaire, né dans les laboratoires et devenu icône des villes modernes, continue de fasciner par son éclat, sa nostalgie et sa puissance visuelle. De support commercial à œuvre d’art, il reste une lumière vivante de l’histoire urbaine mondiale.